Le (petit) journal du 70e Festival de Cannes – Jupiter’s Moon de Kornél Mundruczó – Compétition Officielle

4c

Jupiter’s Moon est un thriller fantastique et engagé du Hongrois Kornél Mundruczó, auteur de White Dog, qui ne laisse pas indifférent le spectateur. Débutant sur un mode réaliste, ce drame nous plonge violemment dans la situation de migrants qui tentent de traverser la frontière Serbo-Hongroise et se font tirer dessus par la police. Film éminemment politique aujourd’hui, dans un pays où les réfugiés, justement, ne le sont pas. Un jeune homme syrien qui fuit la guerre est assassiné par un ponte de la police hongroise en tentant de franchir la frontière.

Le cinéaste élève sa réflexion en le faisant revivre, l’envoyant en lévitation, gouttes de sang volantes à l’appui, dans des scènes visuellement superbes, improbables et faisant de lui un ange. Ce traitement surprend, mais se justifie totalement par la réflexion du cinéaste, qui s’en réfère au sacré pour évoquer le traitement de ces personnes qui fuient la guerre. Qu’en est-il de l’amour de l’homme pour son prochain ? Peut-on impunément décider de se chasser entre humains ? C’est ce que suggère le film. En insérant un ange parmi les réfugiés  (tout comme il y aura un terroriste ) le cinéaste interroge très finement la croyance populaire : et si, parmi ces hommes que l’on pourchasse, existait un ange, un dieu que l’on sacrifierait sans le savoir, comme les grandes religions en possèdent tant de modèles ? En évoquant la croyance populaire et la religion, Kornél Mundruczó s’engage indéniablement envers les réfugiés, contre la politique de son pays, jusqu’à évoquer le jugement divin qui pourrait frapper les foules égoïstes.

On est emmenés dans ce thriller haletant à la bande son impressionnante et au traitement de l’image contrasté. Du cinéma qui ingère le mal de la société pour le faire rejaillir dans une oeuvre fictionnelle qui paraît se détacher du réel et qui pourtant, y revient comme un boomerang. Vertigineux.

Entretien avec Kornél Mundruczó