Pour vivre heureux, de Salima Sarah Glamine et Dimitri Linder, l’amour sur fond d’intolérance

Pour leur premier long-métrage, Salima Sarah Glamine et Dimitri Linder s’attaquent à un drame du quotidien dans la capitale de l’Europe, où des familles vivent parfois repliées sur-elles-mêmes, perpétuant des traditions ancestrales telles que le mariage arrangé. On pense bien sûr au film Noces de Stephan Streker dont c’était également le sujet, et qui prenait place dans la même communauté. Face à la réalisation plus classique de Noces, les choix de mise en scène imposent ici une caméra plus nerveuse, on entre dans le vif du sujet frontalement pour suivre la vie des personnages.

Amel et Mashir, deux jeunes bruxellois, s’aiment en secret et projettent de passer l’été ensemble à Londres. Mashir, Zeerak Christopher, est pakistanais. Pour les siens, se marier dans la communauté est un honneur. Le jour où ses parents décident de le marier à sa cousine Noor, c’est le drame.

Les réalisateurs relatent une tragédie parfois présente dans les communautés bruxelloises immigrées attachées aux traditions de leurs pays d’origine. Bien que choisissant la fiction pour raconter leur récit, il rendent palpable et réaliste la situation des personnages. Ceux-ci sont bien castés, les jeunes acteurs non professionnels illustrent bien de jeunes bruxellois et épousent réellement leur situation. La figure phare du groupe est Amel, interprétée par la comédienne française Sofia Lesaffre, (Le Ciel Attendrade Marie Castille Mention Schaar, Nous trois ou rien de Kheiron) qui vit seule avec son père, Pascal Elbé. Elle incarne toute la force et l’énergie de la post-adolescence. Avec ses amies de lycée, on croit très fort à ce groupe de filles rieuses et pleines de vie. Noor, Atiya Rashid, s’insérera malgré elle dans la complexité de la relation amoureuse de ses amis et réagira comme elle le peut. Les réalisateurs montrent bien la situation complexe dans laquelle les protagonistes s’empêtrent parce qu’on ne leur laisse pas le choix. Le mensonge entraînera le malheur.

Le scénario co-écrit par les deux réalisateurs ne tombe jamais dans le manichéisme. On le sent inspiré de réel, sans doute nourri des ateliers d’écritures qu’ils ont pratiqué avec des jeunes issus de l’immigration. Une tentative de comprendre leur sentiment d’être positionnés entre leur pays d’origine, la famille et l’Europe dont ils font partie. Un premier long métrage prometteur qui fait corps avec la réalité.